Le fossé se creuse entre le président du Conseil Régional et le peuple dont il est censé défendre les intérêts. Au lieu d’entendre l’inquiétude et la demande de démocratie exprimée par les signataires de la pétition « Alsace, retrouve ta voix! », il s’offusque et invoque la Loi pour rejeter le principe d’une consultation populaire sur l’avenir de l’Alsace.
Même si les conditions légales ou administratives, de compétence, de délais ou de quantité, ne sont pas parfaitement remplies, il n’en demeure pas moins que plus de 110 000 électeurs alsaciens ont demandé à s’exprimer sur l’avenir de leur région. Si l’on rajoute les votes exprimés lors des récentes départementales en faveur du parti régional Unser Land, explicitement opposé à la méga-région (15% en moyenne dans les cantons où il était présent), on comprend le malaise du Président du Conseil Régional. Non seulement il est doublé par la base, mais en outre on peut lui reprocher de n’avoir pas pris l’initiative, associé aux deux assemblées départementales, d’organiser lui-même un référendum. La manifestation du 11 octobre place de Bordeaux aurait pu l’annoncer.
Un référendum, malgré l’éventualité d’un recours du Préfet au Tribunal Administratif, aurait renforcé la position théorique de nos élus contre la fusion. Car, à n’en pas douter, cette fois-ci les Alsaciens auraient compris les enjeux qui leur échappaient lors du référendum d’avril 2013.
Malheureusement l’audace politique a manqué. Après une courte résistance, nos grands élus se sont soumis au diktat parisien et acceptent un fonctionnement qui pose pourtant la question de la démocratie en France. Rappelons que la fusion est imposée à l’Alsace sans l’avis favorable d’aucun de ses parlementaires, contre l’avis de 96% de ses Conseillers Régionaux et Généraux , malgré les motions de centaines de conseils municipaux, malgré des manifestations populaires tout au long de l’automne…
Une loi n’est pas gravée dans le marbre: contestée, elle peut ne pas s’appliquer ou être invalidée par une nouvelle loi. C’est d’ailleurs l’engagement pris par le candidat à l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy. La loi portant sur l’écotaxe a fait long feu suite à la résistance des Bonnets rouges bretons…
Une loi qui dessert l’intérêt d’un peuple qu’elle méprise, n’est pas légitime. L’article 35 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1793 le stipulait : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. » Traduit par Brecht, cela donne : Wo das Recht zu Unrecht wird, wird Widerstand zur Pflicht.
Paradoxalement, les élus alsaciens, unanimes à dénoncer une réforme « ahurissante », « insensée », « une connerie », la valident et se mettent sur les rangs pour la suite. Il serait « impossible […] de tout arrêter »? Mais à quoi servent des élus politiques, s’ils capitulent devant la difficulté ? Aucun geste fort, même symbolique ( hormis dans l’enceinte du Conseil Général du Haut-Rhin). Si nos parlementaires ou les conseillers régionaux avaient vraiment donné de la voix , s’ils avaient par exemple démissionné en bloc pour marquer leur rejet d’une loi inique, ils auraient sans doute changé le cours de l’histoire. Ils faisaient preuve de courage et redoraient l’image du politique. Au lieu de quoi ils se complaisent dans les limites du juridiquement « possible » et se rendent complices du système jacobin mortifère.
En même temps ils sont absents aux côtés des manifestants et parmi les pétitionnaires. Elus par une minorité des électeurs inscrits, dans un contexte de forte abstention et de vote FN, ces élus sont-ils encore représentatifs des attentes et des intérêts des Alsaciens ?
Le temps est venu d’un Osterputz politique, avec Unser Land, pour le salut de l’Alsace et pour un renouveau de la démocratie française !